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L’énergie à la croisée des chemins : quelle direction prennent les États-Unis ?

Fil d'Ariane

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Solar energy
23/09/2025

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Actualité secteur

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Grandes lignes

  • Les développeurs américains de projets d’énergie solaire et éolienne sont pris dans la tempête face à des politiques et un environnement des affaires qui leur sont peu favorables.
  • D’autres segments des énergies propres se portent mieux, notamment grâce à l’explosion de la demande en électricité provenant des data centers, encourageant l’innovation.
  • Toutefois, les combustibles fossiles devraient encore alimenter plus de 50 % de la capacité des datas centers aux États-Unis d’ici à 2030.
  • Le déploiement des énergies renouvelables offre une solution pour freiner la hausse des prix de l’électricité aux États-Unis.

Les développeurs éoliens et solaires américains en pleine tempête

Dès le premier jour de son entrée en fonction, Donald Trump a adopté un décret présidentiel bloquant toute nouvelle autorisation pour les projets de fermes éoliennes. Quelques mois plus tard, son « One Big Beautiful Bill » (OBBB), signé en juillet dernier, enclenchait la suppression progressive des avantages fiscaux accordés aux projets solaires et éoliens, bien plus tôt que ce qui avait été décidé sous l’Inflation Reduction Act en 2022. Pour que ces projets soient éligibles, il faut désormais que la construction débute avant le 4 juillet 2026 ou qu’elle soit achevée avant la fin 2027. Entre-temps, d’autres projets éoliens en mer, qui avaient déjà obtenu des permis et commencé leur développement, ont également été mis en péril par le pouvoir exécutif.

Outre ces mesures, qui touchent directement les projets solaires et éoliens, l’OBBB propose de mettre fin aux crédits d’impôts pour les véhicules électriques et la production d’hydrogène après 2025.

Les récentes dispositions relatives aux « entités étrangères préoccupantes » (« foreign entity of concern ») incluses dans l’OBBB, limitant désormais l’accès aux composants provenant de pays adversaires, rendent vulnérable la chaîne d’approvisionnement des énergies renouvelables qui dépend fortement de la Chine pour la fabrication de ses composants.

En outre, le décret présidentiel visant à doper l’extraction d’« un charbon propre et magnifique » indique un revirement significatif de la politique énergétique américaine vers les combustibles fossiles et les minéraux critiques, réorientant visiblement son financement et sa réglementation du solaire et de l’éolien vers le charbon, le pétrole, le gaz et l’uranium.

Ceci vient s’ajouter aux autres vents contraires qui secouent l’environnement économique du secteur, à savoir des taux d’intérêt élevés qui font grimper les coûts du financement, et la flambée des prix des matériaux de base (l’acier et le cuivre) et des composants, notamment à la suite de l’introduction de nouveaux droits de douane sur les importations.

Par conséquent, bien que la suppression progressive à venir des crédits d’impôt sous l’OBBB devrait accélérer le démarrage des projets « en cours de discussion » ou l’achèvement à court terme des projets déjà en cours, et provoquer un essor temporaire dans le secteur, les développeurs américains de projets d’énergie solaire et éolienne sont pris en pleine tempête face à des politiques et un environnement des affaires qui leur sont peu favorables.

Une éclaircie pour les autres énergies propres 

Heureusement, le ciel est plus clément pour un autre segment des énergies propres. Les technologies non solaires et non éoliennes, telles que le stockage, l’hydroélectricité, le nucléaire et la géothermie ont été épargnées par l’OBBB. Les crédits d’impôt mis en place resteront d’application au moins jusqu’en 2033, date à laquelle une réduction progressive est prévue pour certaines industries. Ces technologies suscitent aujourd’hui un grand intérêt de la part des investisseurs.

La demande croissante d’électricité des géants de la tech est un autre déclencheur d’innovation. Après des années de consommation stable, les data centers et le développement de l’intelligence artificielle (IA) provoquent une croissance rapide de la demande d’électricité. Selon l’Administration américaine de l’information sur l’énergie (US Energy Information Administration (EIA)), la demande devrait augmenter de 2,2 % et 2,4 % en 2025 et en 2026 respectivement aux États-Unis, soit plus de deux fois le taux de croissance moyen observé au cours de la dernière décennie. Par ailleurs, l’Agence internationale de l’énergie (International Energy Agency (IEA)) prévoit qu’en 2030 l’économie américaine, stimulée par l’utilisation de l’IA, consomme plus d’électricité pour le traitement de données que pour la fabrication de l’ensemble des biens à forte consommation d’énergie, y compris l’aluminium, l’acier, le ciment et les produits chimiques. Or, les besoins énergétiques spécifiques de l’IA et des data centers, qui exigent une alimentation constante et de grande capacité, ne peuvent pas être adéquatement couverts par la production variable du solaire et de l’éolien. Par conséquent, des entreprises comme Google investissent dans des start-ups de géothermie avancée, tandis que d’autres entreprises technologiques parient sur les petits réacteurs nucléaires modulaires de nouvelle génération et signent des accords avec des start-ups dans le domaine.

Malgré cet intérêt pour les technologies propres alternatives, le gaz naturel – qui est actuellement la principale source d’électricité pour les data centers aux États-Unis (voir graphique ci-dessous) – devrait continuer à jouer un rôle important pour fournir l’électricité supplémentaire requise par les data centers, suivi par les énergies renouvelables, selon l’IEA (avril 2025). Par conséquent, les combustibles fossiles, tels que le gaz naturel et le charbon, devraient encore alimenter plus de la moitié de la capacité des data centers aux États-Unis jusqu’en 2030.
 

Les centrales électriques traditionnelles ne devraient pas remplacer les projets du renouvelable bloqués

Compte tenu de l’augmentation actuelle de la demande en électricité et des défis que rencontre le déploiement des énergies solaire et éolienne, combler adéquatement le déficit créé par l’ajournement des projets d’énergie renouvelable avec des installations de production au gaz et à l’énergie nucléaire pourrait s’avérer compliqué. En effet, près d’un cinquième de la capacité de production d’électricité au gaz en cours de développement est déjà réservée aux datas centers, tandis que les nouveaux projets de centrales au gaz font face à de longues attentes (jusqu’à cinq à sept ans) pour des turbines spécialisées. La construction de centrales nucléaires demande également beaucoup de temps, et les modèles avancés n’en sont encore qu’au stade de prototype. 

Le renouvelable pour tempérer l’augmentation des prix de l’électricité 

Au vu de la situation actuelle, où les prix de l’électricité sont déjà à la hausse (voir graphique ci-dessous) en raison de la forte demande des data centers et d’une récente augmentation des prix du gaz, la demande croissante en énergie et les contraintes d’approvisionnement devraient continuer à faire grimper les prix de l’électricité aux États-Unis à moyen terme. Dans ce contexte, accélérer le déploiement des énergies renouvelables pourrait freiner la hausse des prix. Elles constituent en effet l’option la moins coûteuse pour une production d’électricité supplémentaire et peuvent être construites plus rapidement que les centrales au gaz. 

Analyste : Florence Thiéry – f.thiery@credendo.com

23/09/2025

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