Chine : La faible demande intérieure, les tensions géopolitiques et la guerre commerciale en cours devraient alimenter un ralentissement économique
Grandes lignes
- Les niveaux d’exportation élevés, bien qu'en perte de vitesse, contribuent à maintenir le taux de croissance du PIB officiel proche des 5 % cette année.
- Les droits de douane élevés imposés par les États-Unis, les tensions géopolitiques, la faible demande intérieure persistante et le ralentissement de l'économie mondiale affectent négativement les perspectives du pays.
- Si un accord commercial est conclu entre les États-Unis et la Chine, il sera probablement instable et incertain au vu de la rivalité stratégique entre les deux nations.
- La position de la Chine sur la scène internationale et ses exportations et ses investissements vers le Sud global sont renforcés par la politique étrangère américaine, agressive et transactionnelle.
- Les notations de risques pays restent inchangées à court terme.
Forces
Faiblesses
Chef de l'État et du Parti communiste chinois
Chef du gouvernement
Population
PNB par habitant
Groupe de revenu
Principaux produits d'exportation
L’essor des exportations permet la résilience, face à une demande intérieure faible et des forces déflationnistes
La faiblesse persistante de la demande intérieure continue d'alimenter le ralentissement structurel de l'économie chinoise. Alors que les exportations restent le principal moteur de croissance du PIB de la Chine, l’incertitude du contexte économique mondial constitue un facteur défavorable supplémentaire. Stimulées par l’objectif national d'autosuffisance et de leadership mondial en matière de haute technologie, les entreprises chinoises de ces secteurs ont produit en surcapacité (en particulier des véhicules électriques, des batteries et des technologies vertes), excédant largement la demande intérieure, et ont exporté ce surplus vers le reste du monde (en dehors des États-Unis). Bien que les surcapacités industrielles profitent à la Chine, forte de sa compétitivité et de sa technologie de pointe, la concurrence agressive sur les prix a exacerbé la spirale déflationniste dans le pays, faisant de cette question un enjeu politique. D’autre part, les autres facteurs de croissance du pays sont en crise depuis 2022 : la morosité du secteur immobilier persiste (les transactions et les prix des logements sont toujours à la baisse), la confiance des entreprises et des consommateurs reste faible (l'immobilier étant autrefois le premier choix d'épargne des ménages) et le taux de chômage élevé chez les jeunes nuit à la consommation privée et aux investissements des entreprises, et donc en fin de compte aux prix intérieurs.


Les prix à la consommation étant « bloqués » en territoire négatif ou stagnants, il ne semble pas y avoir d'issue à court terme à cette spirale déflationniste – à moins que Pékin ne lance un vaste plan de relance, ce qui ne semble pas être à l’ordre du jour pour des raisons de stabilité politique, financière et budgétaire. Jusqu'à présent, Pékin a opté pour une combinaison de mesures de soutien, avec une politique monétaire accommodante et quelques stimulants financiers, tels qu’un programme de subventions à la consommation lancé cette année pour l’achat d’appareils électroménagers, d’électronique et de voitures. Toutefois, compte tenu de la détérioration constante des finances publiques – un important déficit budgétaire supérieur à 8 % du PIB est attendu en 2025, alimentant encore davantage la dette publique officielle, passée de moins de 60 % du PIB dans la période pré-Covid à plus de 100 % en 2026 – le soutien du gouvernement reste limité afin de garantir la viabilité budgétaire et de limiter l'expansion du lourd fardeau de la dette nationale (338 % du PIB au deuxième trimestre de 2025). Le gouvernement a notamment décidé d'investir davantage dans des projets d'infrastructure par le biais d'obligations à très long terme et de mener diverses réformes budgétaires, en particulier pour diversifier les recettes des gouvernements locaux en proie aux difficultés. Le gouvernement devrait également prendre des mesures pour réduire les surcapacités industrielles, au risque de renforcer le déclin du secteur manufacturier et l’affaiblissement de la croissance du PIB. Pour l'instant, Pékin continue toutefois de se concentrer sur les exportations et les investissements pour stimuler la croissance du PIB, que le FMI estime à 4,8 % pour 2025 et à 4,2 % pour 2026. La perspective d'une croissance du PIB proche de 5 % cette année, malgré la décélération attendue des exportations dans les mois à venir, devrait maintenir à un niveau modéré les mesures de relance du gouvernement pour stimuler l'activité économique, d'autant plus que les États-Unis et la Chine pourraient conclure un accord commercial dans les mois à venir.
Malgré la guerre commerciale menée par les États-Unis et la menace de droits de douane supplémentaires considérables sur les importations chinoises – actuellement abaissés à 30 % pour une période transitoire qui s'achèvera en novembre – les exportations enregistrent de solides résultats depuis le second semestre de 2024. La concentration des exportations en début de période couplée à la réorientation des exportations vers d’autres marchés que les États-Unis (d'abord vers l'Asie du Sud-Est, puis vers l'Europe) ont permis de maintenir la dynamique. La dépréciation du RMB, particulièrement sous-évalué par rapport à l'EUR, monnaie d'un partenaire commercial majeur, et à d'autres monnaies du Sud-Est, a également donné aux exportateurs chinois un avantage concurrentiel.

Des perspectives moins optimistes
Le choix du Parti communiste chinois de ne pas alimenter le moteur économique par la consommation intérieure implique que le pays reste dépendant de marchés d'exportation plus volatiles, dans un contexte mondial incertain. Alors que les exportations de biens chinois vers les États-Unis ont chuté de 15 % entre janvier et août, la Chine pourrait non seulement avoir des difficultés à trouver des alternatives pour compenser pleinement le marché américain (numéro un des marchés de consommation au monde), mais pourrait également avoir à résister à des droits de douane américains élevés sur les marchandises chinoises « transbordées ». De plus, la Chine est confrontée à une augmentation des restrictions commerciales de la part d'un nombre croissant de pays, tels que la Thaïlande, l'Indonésie, l'Inde, le Vietnam et le Brésil, qui cherchent à protéger leurs industries nationales, en réaction à la vague de marchandises chinoises qui inondent les marchés. Enfin, le ralentissement de l'économie mondiale aura également un impact sur les perspectives d’exportation.
Faire face à une détérioration de l’environnement externe
La guerre commerciale lancée par les États-Unis a mis le commerce international sens dessus dessous, avec des droits à l’importation particulièrement élevés pour la Chine. Bien que le pouvoir de levier de la Chine, en raison de sa position stratégique sur les minéraux critiques, ait pu mettre en suspens l’imposition de droits de douane additionnels élevés, laissant ainsi le temps aux négociations, il est probable que la relation commerciale entre les deux nations reste instable pendant la durée du mandat de Trump. A court terme, un accord commercial reste toutefois possible, motivé par les intérêts mutuels et la nécessité d'atténuer, de part et d'autre, les retombées des restrictions commerciales. Il n’en reste pas moins qu’un potentiel accord resterait très volatil compte tenu de la rivalité stratégique qui oppose, à long terme, les deux puissances autour de la suprématie économique et technologique. Par conséquent, la Chine pourrait s'attacher à sécuriser davantage ses chaînes d'approvisionnement (y compris celles des minéraux critiques) par une diversification accrue des marchés, et continuer à accélérer ses objectifs d'autosuffisance, notamment dans le secteur de la haute technologie. À cet égard, Pékin a à nouveau placé ses espoirs et son soutien dans le secteur privé, et vise à attirer des IDE pour contribuer à la construction d'une économie autosuffisante. Toutefois, l'augmentation des restrictions commerciales et le fait que les entreprises étrangères opérant en Chine soient scrutées par les politiques, dans un contexte de tensions accrues avec les États-Unis et l'Occident, pourraient faire obstacles à la reprise des entrées d'IDE.
Le changement de cap de la Chine vers le Sud global devrait apporter davantage d'exportations et d'investissements dans le cadre de l’ambitieuse initiative des nouvelles routes de la soie. Cette réorientation rejoint l'objectif chinois de se placer à la tête d’un nouvel ordre mondial, mais résulte aussi des droits de douane américains et des changements radicaux dans la politique étrangère des États-Unis. En effet, force est de constater que la politique commerciale et étrangère agressive et transactionnelle de Trump, ainsi que les coupes sombres dans l'USAID, ont été rapidement intégrées dans la politique de soft power de Pékin. La Chine s'est empressée de courtiser les victimes de la politique commerciale et de la politique d'aide américaine (Asie du Sud-Est, Brésil, Afrique subsaharienne, etc.) en leur promettant une relation plus stable, prévisible et mutuellement bénéfique – qui soutiendrait le réseau et l’influence économique mondiale de la Chine et renforcerait son accès à long terme aux minéraux critiques. Vus comme une alternative aux politiques américaines imprévisibles et aux turbulences de l’environnement économique mondial, les marchés boursiers chinois ont explosé cette année. Les investisseurs nationaux et étrangers ont montré un intérêt prononcé pour la résilience macroéconomique de la Chine – qui repose sur d'importantes liquidités extérieures, des banques d'État solides, un confortable excédent du compte courant, une stabilité politique et la continuité des politiques – ce qui, avec son économie innovante et l'essor de l'IA, rapproche la Chine du niveau américain (et dans certains cas, l’égale).
Aucun changement n'est attendu pour la notation du risque politique à court terme de la Chine, qui, soutenue par des liquidités abondantes, est classée dans la meilleure catégorie (1/7). Il en va de même pour la notation du risque lié à l'environnement des affaires, qui se situe à un niveau modéré, en catégorie D/G. En ce qui concerne le risque politique à moyen et long termes (2/7), malgré son poids financier, économique et commercial, la deuxième puissance économique mondiale est confrontée à de nombreux vents contraires sur le plan extérieur et à nombre de défis sur le plan intérieur. L'affirmation régionale de la Chine, qui accroît les risques de conflit à Taïwan et en mer de Chine méridionale, sa rivalité avec les États-Unis pour le leadership mondial et l'écrasant secteur manufacturier chinois sont autant de facteurs qui alimentent de vives tensions géopolitiques et commerciales, principalement avec les États-Unis, mais aussi avec l'Union européenne. Sur le plan domestique, les perspectives continuent d'être affectées par des questions systémiques de plus en plus marquées, dont particulièrement la diminution de la main-d'œuvre, le poids de la dette et le changement climatique.
Analyste : Raphaël Cecchi – r.cecchi@credendo.com