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Nigéria: Les récents signes de progrès économiques sont encourageants, dureront-ils ?

Fil d'Ariane

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A street in Nigeria
25/11/2025

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Actualité pays

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Grandes lignes

  • Les efforts déployés par le président Tinubu pour rétablir la stabilité macroéconomique semblent porter leurs fruits, malgré des débuts douloureux.
  • Le naira se stabilise et l'inflation est en baisse après une période de forte dépréciation due à la libéralisation du taux de change.
  • Les réformes budgétaires ciblent les faiblesses budgétaires structurelles, telles que la perception des recettes publiques, bien que d'importantes lacunes subsistent.
  • Le Nigéria reste dans les catégories de risque élevées en raison des risques sécuritaires, du coût substantiel du service de la dette et de la dépendance au pétrole.

Forces

Pays le plus peuplé d’Afrique
Importantes réserves de pétrole et de gaz
Énorme potentiel agricole et minier
Secteurs des services florissants à Lagos (technologies financières, infrastructures numériques, industrie cinématographique, etc.)
Encours de la dette publique modéré

Faiblesses

Forte dépendance au secteur volatile des hydrocarbures
Infrastructures inadéquates
Taux de chômage élevé et taux de pauvreté en augmentation
Nombreux foyers de violence

Chef d’État et de gouvernement

Président Bola Ahmed Adekunle Tinubu

Population

232,7 millions

PIB par habitant

1.250 USD

Groupe de revenu

Revenu intermédiaire inférieur

Principaux produits d’exportation

Combustibles (57,6 % des recettes du compte courant en 2024), transferts privés (25,9 %), alimentation (3,9 %)

Le président Tinubu poursuit son programme radical de réformes

Pendant de nombreuses années, le marché parallèle de change s’est révélé coûteux et inefficace, augmentant le niveau de corruption perçu et sapant structurellement la confiance des investisseurs. Cela, tout comme la récurrence d’importantes fuites de capitaux, d’opportunités d’investissement en dessous des attentes et de chocs pétroliers, a contribué à maintenir les liquidités sous pression. La viabilité des finances publiques nigérianes a, pour sa part, suscité de nombreuses inquiétudes en raison du coût élevé des subventions au carburant et des recettes budgétaires extrêmement limitées. Ainsi, lorsqu’en mai 2023, le président Bola Tinubu est arrivé au pouvoir, il s'est immédiatement lancé dans un ambitieux programme de réformes ayant pour objectif de relancer l'économie et d’attirer des investissements. Toutefois, l’unification des taux de change et la suppression des subventions au carburant ont profondément affecté les conditions de vie de la majorité de la population. En effet, la libéralisation du naira s’est traduite par une chute spectaculaire de 70 % du cours par rapport au dollar américain, à la suite de quoi le PIB nigérian en USD s'est réduit de moitié, passant de 476 milliards USD en 2022 à 188 milliards USD en 2024. Le même phénomène a été observé pour le PIB par habitant.

Ces vingt dernières années, le taux de pauvreté du pays le plus peuplé d'Afrique n’a cessé d’augmenter, sous l'effet d'une inflation à deux chiffres persistante. Après la libéralisation du naira, l'inflation s’est envolée à 29 % en 2023 (en glissement annuel) avant de culminer à 34 % en novembre 2024. Conjuguée à la suppression progressive des subventions au carburant, cette situation a entraîné une crise du coût de la vie et d'importantes tensions sociales. À la suite de l’exercice de rebasage du PIB auquel s’est livré le pays, l’inflation a commencé à chuter en décembre 2024, amorçant une trajectoire descendante soutenue par l'arrêt du financement du déficit par la Banque centrale du Nigéria (CBN). En 2025, l'inflation est tombée sous la barre des 20 % pour la première fois depuis près de trois ans. Le FMI estime toutefois que l'augmentation annuelle des prix à la consommation ne tombera pas à 10 % avant 2029. En septembre 2025, la CBN a annoncé, pour la première fois depuis des années, la baisse de son taux directeur. La croissance économique a de nouveau dépassé les 4 % en 2024 (projections à 3,9 % pour 2025), et même si elle reste fortement tributaire du pétrole, la contribution des secteurs non pétroliers, comme la fintech et l'agriculture, est en hausse. 

Les profondes déficiences des finances publiques sont-elles en train de se résorber ?

Malgré les obstacles et le mécontentement populaire, le gouvernement de Tinubu a persévéré dans sa stratégie de réformes et, depuis 2025, certains indicateurs macroéconomiques et budgétaires ont commencé à se relever. L'une des faiblesses les plus frappantes des finances publiques du Nigéria se situe dans l’état de ses recettes publiques, reflet de la corruption et de l'écrémage des fonds publics. Le vol de pétrole et le raffinage illégal sont parmi les principales causes du déficit structurel des recettes, en plus de causer de graves dommages à l'environnement et d’intensifier l'insécurité dans les régions productrices de pétrole. Pendant des années, le ratio des recettes publiques au PIB du Nigéria a à peine atteint 6 %, soit l'un des plus faibles au monde, et bien en dessous de la moyenne de l'Afrique subsaharienne qui se situe à 18 % du PIB. La récente réforme budgétaire devrait contribuer à porter ce ratio à environ 10 % du PIB cette année, ce qui reste un niveau très bas pour un grand exportateur de pétrole, mais constitue néanmoins une progression concluante.

Les frais d’intérêt et de service de la dette publique sont substantiels, l’encours de la dette publique s’élevant à 39 % du PIB en 2024 (30 % en 2022). Le plan d'emprunt du président Tinubu a fait passer la part de la dette extérieure d'un tiers de l'encours total de la dette publique en 2022 à près de deux tiers en 2024, exposant le Nigéria aux fluctuations des taux de change et à la volatilité des prix du pétrole. Un autre risque notable sur le plan budgétaire est lié à l'augmentation historique de la dette cumulée par les entreprises d'État nigérianes, pour lesquelles il n'existe pas de chiffres fiables. Un vaste programme de privatisation des entreprises publiques a été annoncé afin de faire face au risque de passifs éventuels et d'améliorer les performances de ces entreprises dans tous les secteurs.

Les réserves de change se redressent

Entre 2022 et 2024, le Nigéria a fait face à une baisse persistante de ses réserves de change, résultat de la fuite des capitaux, du poids du service de la dette et de la chute de la production pétrolière. Les interventions de la CBN pour stabiliser le naira ont également accentué la pression sur les liquidités. Le passage à un système de flottement dirigé mi-2023 a maintenu la pression au milieu de l'incertitude. Les réserves de change ont ensuite commencé à augmenter dès le début 2024 à mesure que la CBN a réduit ses interventions. Les niveaux de liquidités du Nigéria ont également été financés par d'importants prêts extérieurs, une augmentation temporaire de la production de pétrole et de gaz et une diminution des importations de carburant (raffinerie Dangote), ainsi que par d'autres mesures de substitution des importations. En conséquence, selon la CBN, les réserves ont à nouveau atteint plus de 43 milliards USD et représenteraient plus de 6 mois de couverture des importations.

Les principaux risques qui freinent le géant de l’Afrique

Malgré son énorme potentiel en tant que deuxième économie et pays le plus peuplé d'Afrique subsaharienne, ses faiblesses structurelles maintiennent le pays dans les catégories de risque élevées. Les risques sécuritaires sont importants, avec des activités djihadistes et un banditisme endémique dans le nord-est, des violences intercommunautaires entre les communautés d'éleveurs (principalement chrétiens) et de bergers (principalement musulmans) au sujet de la propriété foncière dans les régions centrales, et une rébellion de faible intensité dans la région productrice de pétrole du delta du Niger. Un autre facteur à prendre en compte sont les récentes accusations lancées par le président américain Donald Trump à l’encontre du gouvernement nigérian à propos de ce qu'il a qualifié de massacre de chrétiens par des musulmans, ce qui est une simplification grave et incorrecte de la complexité des conflits au Nigéria. La menace d'une intervention militaire américaine qui s'en est suivie a suscité autant de surprise que d'inquiétude et augmente le risque d'un conflit extérieur. En ce qui concerne les tensions socio-économiques, le coût élevé de la vie engendre un risque important de protestations et de grèves dans tout le pays. En outre, la concentration des richesses et du progrès autour de la ville de Lagos isole une grande partie du pays, ce qui pourrait avoir un effet boomerang à un certain moment. Ces différents facteurs donnent lieu à une classification du risque de violence politique en catégorie 6/7, qui est prise en compte dans l'évaluation générale du risque pour le Nigéria.

Parmi les autres risques majeurs, citons l'exposition du Nigéria à la volatilité du secteur pétrolier – une chute profonde et durable des prix du pétrole affecterait immédiatement la situation financière du Nigéria, et la baisse de la production de pétrole et de gaz représente un risque à long terme considérable. En outre, la charge du service de la dette pourrait compromettre les progrès récents réalisés en termes de liquidités, tandis qu’une hausse brutale des taux d'intérêt mondiaux pourrait amplifier de manière soudaine les pressions sur la dette extérieure. En conclusion, le Nigéria présente encore d’importants risques en tant que marché, mais son potentiel est énorme, et les évolutions récentes indiquent des progrès encourageants (du point de vue de la notation actuelle du risque politique à MLT à 6/7).

Analyste: Louise Van Cauwenbergh – l.vancauwenbergh@credendo.com

25/11/2025

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